Réponse

J’ai reçu récemment via les réseaux deux messages, qui m’étaient adressés par deux femmes différentes, mais qui me posaient en fait la même question : pourquoi est-ce que les femmes qui peuplent mes romans ne sont pas exactement aussi féministes que mes propres prises de position publiques ?
Les deux lectrices s’excusaient presque de m’interroger à ce sujet – mais en réalité je trouve que c’est une question tout à fait pertinente, et je vais tâcher d’y répondre le mieux possible.
Commençons par dire que c’est absolument vrai : mes héroïnes ne sont pas suffisamment féministes en tant que personnages – ce qui n’empêche pas mes livres d’être féministes, je pense. Caroline N. Spacek, Theodora Babbenberg, Helen Merton, Liv Maria Christensen, Ottavia Selvaggio, elles sont des femmes intenses, elles ont de l’agentivité, du caractère, des impulsions, mais elles ne sont pas très politiques. Elles ne font pas des choix très féministes, c’est vrai. A elles cinq, elles totalisent six mariages hétérosexuels. (Je ris toute seule nerveusement en m’en apercevant.)
La première raison pour laquelle je n’utilise pas directement mes héroïnes comme des canaux de transmission de mes opinions, c’est le conseil impeccable de Gertrude Stein : Les remarques ne sont pas de la littérature. Personnellement, je déteste lire un livre et tomber soudain sur une phrase comme : « Elle avait vraiment compris sa condition de femme en lisant Virginia Woolf, une grande écrivaine anglaise qui avait inventé le flux de conscience » ou « – C’est à cause de mon SPM. – Ton quoi ? – Attends, tu ne sais pas ce qu’est le SPM ? – Non. – Je vais t’expliquer. Le SPM, c’est le syndrome pré-menstruel. Blablabla. » Cet avis n’engage que moi, mais quand je lis de la littérature, je n’ai pas envie d’avoir la sensation qu’on me donne un cours pour les nuls, ni qu’on m’impose des spots publicitaires, fussent-ils sur des produits dont je reconnais l’utilité. Ce n’est pas donné à tout le monde de savoir élégamment entrelacer le théorique au romanesque, de le faire si bien qu’on ne voit pas les coutures et même qu’on en désire davantage, et quand c’est raté, c’est vraiment raté, et j’ai horreur de ça, donc je ne le fais pas.



